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ARCHIVES OLD'UP /LES GRANDES VOIX

LES VOIX DE OLD’UP

Un texte de Marie-Françoise Fuchs, Présidente d'honneur et fondatrice de OLD'UP à propos de la parole"tue" du vieux pourtant "porte-voix" d'une classe d'âge.


La parole des « vieux »
Constat : curieux phénomène, c’est l’accompagnateur du « vieux » que l’on entend, que l’on écoute, qui parle à sa place. Sa parole est « tue » elle a perdu sa musique…
Aidants familiaux ou professionnels sont devenus les interlocuteurs des médecins, des responsables, des visiteurs…
Privés de « Dire », les anciens qui parcourent un chemin inédit et singulier ne peuvent témoigner de leur présence, de leurs affects de leurs joies ou de leurs douleurs.
Le vieux n’est plus une personne vivante, il est dans un désert de rencontre il est devenu un « objet de soins ». Les échanges que l’on peut avoir avec lui n’ont plus de résonnance humaine pour les adultes en charge. Il n’est plus stimulé, attendu « à dire » quelque chose qui toucherait à un sens.  Il n’est plus appelé à l’échange, c’est-à-dire à la vie. Il est urgent de lui rendre une voix, sinon c’est une séquestration en solitude et déréliction qui lui est proposée.
On lui renvoie une image de lui-même qui s’apparente à l’« insensé », au « fou » à l’égaré, à l’inutile.
Que faisons-nous des trésors de son expérience de la vie. A l’originalité de sa perception, à l’histoire pleine de bruits et de silences qu’il a mené longuement…
« Que reste-t-il de nos amours » dit la chanson, que reste-t-il de ce récit de l’aventure d’une longue vie humaine ?
Porte-voix de tous les âges, ils pourraient témoigner, dire, élèver la voix, une voix audible, une voix de vieux neuve, inspirée, qui nous ouvrirait à des exemples humains. Le vieux est une personne au bout d’une aventure singulière qui a duré. Est-il trop encombrant, trop répétitif, un « petit vieux ». Il doit garder le silence, ce qu’il aimerait dire, ce dont il voudrait se mêler, témoigner est en trop dans un paysage déjà prêt à disparaitre. Il est près de mourir sans passer le flambeau d’une parole. Il râle, il ne sait plus parler, l’air lui manque. De quoi était-il porteur, de quoi était-il « gros » ? En gestation de sa mort ? où sera passé son regard affiné, observateur privilégié, disponible et attendri de découvrir en son temps les beautés de la nature, le sourire d’un petit enfant, la valeur d’une caresse. Ses possibilités de s’émerveiller des bêtises d’un enfant comme Victor Hugo le dit si bien… Il a su rire et encourager les essais attendrissants de créer leurs vies des tout petits ; Il a roulé sa bosse et il est encore capable de nous en montrer la trace.
Écoutons-le, cheminons parfois aussi avec lui hors de nos tracés vertigineux du futur, son trajet peut nous éclairer et il a une valeur toujours impressionnante d’humanité, arrivée au bout des choses…
Écoutons-le, relater sa vie de « chien », peut-être, mais une vie assumée, un trait une histoire vraie…
Notre expérience des « groupes de paroles », groupes de rencontres informelles mais régulières, nous montrent à quel point entre vieux la parole est riche et que ces échanges « font vibrer »
 De nombreux témoignages des participants à ces groupes affirment l’importance de ces réunions, à quel point ces rencontres régulières leur manquent, dans leur vie quotidienne, ces moments de paroles et d’écoutes mutuelles. Certains en ces temps récents de grève, de manifestations ou de confinement nous disent que « c’est leur vie » qui tient grâce à ces moments. Riches d’expériences, de rires partagés, d’affections nouvelles, d’amitiés fortes, donnons l’occasion à d’autres « anciens » de temps de partage, du retour vers un soi intègre et « toujours déjà » vivant.
Ces groupes de parole ne sont pas que des moments agréables ils sont nécessaires à une vraie vie.
Pour finir j’aimerais dire que je suis choquée que dans les Commissions organisées pour parler des questions de « vieux », des politiques qui les concernent tant dans leur présent que dans leur avenir- ils ne soient pas invités. Ils ne participent pas. Une évolution en ce sens, voulant qu’ils y aient une réelle part me parait essentielle. Grâce à cela peut être ne seront-ils plus traités comme des « objets de soins » mais comme des « personnes entières » qui –au même titre que tous les adultes- sont inscrites dans des relations pleines de sens et vitales pour eux et pour la société.
Nous redoutions que les mesures de « déconfinement » n’illustrent nos propos :  pour éviter la mort de quelques-uns d’entre nous, on maintiendra la mort sociale d’un très grand nombre d’entre nous…sans nous demander notre avis !
Docteur Marie-Françoise Fuchs Présidente d’honneur de OLD’UP, Fondatrice


Un texte de Martine Gruère-Arnaud, Présidente par intérim de OLD'UP : Dessine-moi l'EHPAD de demain "Le clin d'oeil citoyen",  rédigé à l'occasion de la conférence organisée en juillet 2021 par le Ministère des Solidarités et de la Santé "Dessine-moi l'EHPAD de demain" au cours duquel Marie-Françoise Fuchs et Martine Gruère sont intervenues.


Le clin d’œil citoyen
Martine Gruère-Arnaud, Présidente de OLD’UP par intérim 12/07/2021
Quelles réactions aux projets annoncés /envisagés avant cette intervention ?
•    Foisonnement d’inventions, d’innovations destinés à améliorer la fin de vie des plus âgés…C’est une très bonne nouvelle ! Toute évolution respectueuse des humains que nous sommes est précieuse
Dessine-moi l’EHPAD de demain…
A l’écoute de cette proposition, je n’ai pu m’empêcher de retourner aux débuts de ma vie professionnelle…
J’ai 76 ans, je suis psychologue et mes premiers emplois ont concerné la petite enfance : enseignement, pratique clinique en Centre Médico-Psychologique et…en crèche.
En 30 ou 40 ans ? J’ai été témoin de la métamorphose de ces lieux.  
Dans les années 70, les crèches avaient une image très négative. C’était du « collectivisme », une sorte de désert rejetant…Les parents évitaient le plus possible d’y confier leurs enfants.
Quelques années auparavant les crèches étaient essentiellement gérées en fonction de « l’hygiène ». A leur arrivée le matin, les bébés étaient déshabillés par leurs parents puis passés par un guichet où ils étaient habillés tous de la même façon par les professionnels tous formés dans le champ de la Santé. Les parents étaient interdits de tout accès ; les enfants étaient bien nourris, propres, soignés.
Ces pratiques ont été interdites par le Dr Davidson, Médecin Chef de la PMI de Paris.
Dans la crèche où je travaillais 1/2 journée par semaine (en 74-75) :
•    Les bébés restaient toute la journée dans leurs lits et à heure régulière étaient nourris et changés par les « dames » qui s’en occupaient. Entre temps, il ne se passait rien. (Cela me faisait penser aux « Temps modernes »  de Charlie Chaplin !)
•    Les petits de 1 à 2 ans - lorsqu’ils commençaient à se déplacer- erraient tous dans une salle où ils disposaient d’un certain nombre de jouets. Des professionnelles surveillaient et intervenaient si nécessaire…
•    De 2 à 3 ans, une Educatrice de jeunes enfants venait d’être recrutée pour la 1e fois, - c’était la fierté de la crèche –. La section était organisée et animée, c’était joyeux, les enfants commençaient à chanter, danser, manier un crayon…
•    Quelques soient leurs âges tous les enfants étaient propres et bien nourris…
Aujourd’hui les parents se battent presque, s’inscrivent le plus longtemps possible à l’avance pour obtenir une place en crèche pour leur bébé. Les crèches sont devenues le mode de garde le plus convoité.
C’est ce chemin, cette mutation, que nous les membres de OLD’UP nous souhaitons aux EHPAD…
Très concernés –du fait de nos âges- nous sommes engagés dans ce sens, nous tentons d’y contribuer
J’ai essayé de retrouver ce qui avait permis un tel changement…Je considère aujourd’hui que c’est (en plus d’un contexte social et culturel qui a beaucoup bougé) :
L’évolution intense des connaissances concernant la petite enfance. En 1970, un manuel bien diffusé décrivait les bébés comme « un klaxon monté sur un estomac » ; Les bébés n’étaient pas supposés ressentir la douleur (quelques soient leurs hurlements) : On ne savait rien !!
Les observations, les recherches se sont multipliées partout dans le monde
•    A Londres, le couple des Robertson a filmé le court séjour d’un petit garçon dans une crèche. Petit enfant bien tranquille d’un couple de parents « normaux » on l’a vu chercher d’abord à s’attacher à une des professionnelles qui s’occupait de lui puis une autre…Mais elles changeaient constamment. En quelques jours on le voit se dégrader complètement, devenir triste, se replier sur lui-même, abandonner tout intérêt pour la vie qui l’entourait. Nous avons su qu’adulte, il ne s’est jamais totalement remis de cette expérience, pourtant « banale » à l’époque…
•    En Hongrie, les pratiques de la Pouponnière de Lockzy en banlieue de Budapest, sont devenues un modèle. Les enfants (provenant de familles en grandes difficultés) vivaient là 24h/24. Chacun avait 1 ou 2 référentes qui étaient leur pôle d’attachement ; quelque soit le temps même les bébés sortaient et dormaient ou jouaient dehors ; leur rythme de développement - de l’allongement au sol parmi les autres à la marche - étaient totalement respectés ; ils étaient toujours encouragés à faire eux-mêmes et à participer à la vie de la pouponnière…
•    Enfin en 1984, une émission TV (2 x 2h sur une grande chaine publique) intitulée  « Le bébé est une personne » a définitivement acté le changement d’image des jeunes enfants  et les évolutions indispensables des pratiques qui s’en sont suivies.
« Dessine-moi l’EHPAD de demain » ?
30 à 40 années à vivre après la retraite : une longévité tout à fait nouvelle pour l’humanité
8% de personnes vraiment dépendantes en France mais beaucoup en besoin d’être aidées
Une solitude ravageuse pour un trop grand nombre…
Peut-être la première nécessité est-elle de mieux « nous » connaître, nous les vieux directement concernés, par nous et par vous, les experts et responsables politiques
Nous qui, de l’intérieur –comme du fait de l’extérieur- vivons une mutation extraordinaire – très proche de celle que vivent les adolescents.
Dans l’association OLD’UP -« les Vieux debout (les vieux dynamiques)», qui s’adresse, aux « Plus si jeunes mais pas si vieux » :
- la participation à des groupes de parole est proposée depuis les débuts, il y a près de 15 ans. Il s’agit de partager - entre pairs et sous des formes variées – ce que nous vivons. Les changements de place et de regards dans nos familles, dans la société et ce qui se joue en nous-mêmes (quand nous nous regardons). Dans ces groupes d’autres nous écoutent, s’intéressent à ce que nous disons, nous rions, des amitiés se créent…Il est possible de retrouver confiance en soi.
A OLD’UP, nous savons notre besoin, désir, intention de « Donner du sens et de l’utilité à l’allongement de la vie ». Nous pouvons et voulons rester des citoyens engagés dans ce monde.
C’est à ce titre, qu’une 20e d’entre nous avons été volontaires pour nous immerger 24h  dans 13 EHPAD qui ont acceptés de nous accueillir (merci à eux). Accompagnées dans cette immersion par un Cabinet d’étude, nous avons observé, questionné, tout noté. Nous avons engagé la même démarche en rendant visite à des personnes ayant fait le choix de vivre à domicile.
Un livre témoignant de cette aventure, sera publié nous l’espérons fin 2021 :« Mort ou vif en EHPAD ou « chez soi » (tel sera son titre)
Il dit les bonnes pratiques que nous avons observées mais aussi nos interrogations. Pourquoi telle « règle » ici et pas là, pourquoi presque partout des moments de repas aussi silencieux ? Pourquoi une appétence de vie, un bien-être tellement variés, pour les vieux mais aussi pour ceux qui les entourent ?
Nous sommes témoins de la bonne volonté des professionnels qui accueillent les plus vieux d’entre nous mais il reste beaucoup à faire et à partager.
Peut-être l’essentiel est-il de se rappeler que « Le Vieux est une personne » (je rêve depuis des années qu’une émission TV soit réalisée sur ce thème !).
Le Vieux n’est pas/ne devrait pas être seulement un objet de soins –propre et « bien » nourri -mais un sujet jusqu’à la fin de sa vie !
Vous tous experts, politiques, écoutez-nous, à la différence des bébés nous savons parler et réfléchir ensemble au mieux de tous et pour tous !


Un texte de Marie-Françoise Fuchs, Fondatrice de OLD'UP


Participation et utilité des vieux
L’approche des « personnes agées » dans notre société aujourd’hui pose plusieurs questions fondamentales. J’aimerais insister sur la question de la « participation », et de « l’utilité » des « vieux » dans la société, où tous les âges ont à trouver leurs places, leur rôles et leurs fonctions…
Etre vieux ne signifie pas la fin de notre capacité à êtres citoyens responsables du présent et de l’avenir de notre société. Tous les « vieux » ne sont pas des « malades » qu’il faut bien entendu aider à vivre le mieux possible. 90% des Seniors ne sont pas « dépendants » ou atteints de pathologies graves. Le temps qui nous est donné après la retraite, avant de mourir est le plus souvent long, émaillé de pluri-mini-handicaps, de  deuils. Cependant,  il est aussi ouvert à de nombreuses et heureuses découvertes, à des rencontres  significatives, à du sens, à une nouvelle spiritualité, à de nouvelles formes de participation.
Les « vieux » peuvent apprendre, encore et encore, faire l’apprentissage de leur vieillissement, se l’approprier, l’apprivoiser et en développer tous les bienfaits liés à leur expérience et à la liberté de penser qu’ils ont acquise. Il leur faut du collectif communiquant, du temps et de l’accompagnement. (Dans l’apprentissage des moyens du digital, notre expérience associative montre la nécessité pour réussir à accéder à une compétence efficace, d’apprentissages répétitifs, de temps d’appropriation plus longs que pour les plus jeunes, mais d’une réussite certaine à condition qu’il y ait un accompagnement personnalisé durable mis en place ensuite, qui soit à la disposition pour pallier les petites « pannes » successives non solubles par le « vieux »  lui-même.)
Développer notre curiosité, notre offre d’accueil empathique peuvent faire merveille pour apporter à des jeunes un socle d'envol. Le temps long et disponible dont nous pouvons déguster les bienfaits nous a dotés de capacités aux  nouvelles rencontres aux échanges fructueux. Favoriser et organiser ces possibilités serait à développer…
Nous avons une tâche immense à inciter, soutenir, accompagner le développement de la responsabilité et de l’encouragement aux « vieux » pour qu’ils  trouvent l’énergie et l’audace de participer à l’avenir de la société dont ils font partie et de les convaincre du bonheur et du devoir qu’ils ont d’être présents dans le développement de cette société (à laquelle nous aspirons) solidaire et motivée de demain.


Philippe Gutton, ancien président de l'association, formalise dans cet écrit sa vision de OLD'UP

Le vieillissement créateur
OLD’UP est un réseau d’échanges, d’actions et de recherche. Son objectif est de travailler à faire reconnaître la notion de « vieillissement créateur », indispensable au « bien vieillir » des aînés et à la cohésion sociale entre générations.
1 - Le vieillissement est conçu, vu et vécu comme un processus disqualifiant : dépendance, fragilité, vulnérabilité, limitation d’autonomie, alors que ces qualificatifs ne concernent en fait qu’une minorité (moins de 20% d’une génération). Tout se passe comme si l’aîné était méconnu, invisible ou considéré comme un objet d’assistance, de commisération, voire comme un parasite, autrement dit comme s’il devenait un sous-adulte. Soumis ou révolté, il a malheureusement tendance à adhérer à ce statut d’exclusion : il s’auto-dévalue. Alors que l’on invoque un droit à la différence, le vieillissement reste pensé en termes d’inégalité. Le senior doit dénoncer ces représentations de lui-même qui réduisent la valeur et le sens de la vieillesse. On ne peut nier les incitations sociales à l’inactivité, mais ce n’est pas une raison pour les accepter.
2 - Accolé aux représentations négatives du vieillissement, le mot « créateur » est positif. Dans toute situation et évolution vieillissante, le sujet peut se construire-reconstruire autrement : renaissance identitaire ? Nouvel apprenti, il affirme sa capacité d’autonomie de personne. Le vieillir peut être considéré comme une création de moments humains de vérité et de vie, en réseaux d’amour et d’amitié. Il n’y a pas d’initiative possible si l’on est seul. En outre, le regard porté sur l’aîné par les autres et par lui-même change positivement lorsque celui-ci est socialement inclus.
La mission d’OLD’UP est de proposer et de réaliser des évolutions qui permettent d’être pleinement acteur de sa vie, de s’accomplir en fonction de ses souhaits, de ses capacités, et de répondre aux besoins de la société. Aucune cohésion sociale ne serait possible si une part croissante de cette population, dont les aptitudes sont préservées, restait exclue d’une participation active aux relations intergénérationnelles.
OLD’UP souhaite réunir les aînés de plusieurs générations et de divers milieux sociaux qui, refusant toute exclusion sociale, cherchent de nouvelles expériences, en matière :
- de liens personnels, d’apprentissages, de transmissions, d’échanges de paroles et d’actions ;
- de liens de groupes, de réseaux, d’expression et de débats ;
- de transformation des lieux de vie à domicile et en institution (représentation des usagers) ;
- d’interventions interactives en politique sociale, nationale, européenne.
Ces mises en place constituent un travail de longue haleine, mené en équipes, selon les thèmes choisis et compétences de chacun.
Quelques mots sur le parcours du Professeur Philippe Gutton :
Psychiatre, Psychanalyste, Docteur en Médecine, Docteur en Psychologie, Docteur en Lettres et Sciences Humaines.
Professeur émérite des Universités (Université Paris VII et Université d’Aix-en-Provence)
Fondateur (1983) et Directeur de la Revue Adolescence de 1983 à fin 2013
Fondateur (2003) et Directeur de l’École des Parents et des Éducateurs d’Aix et du Pays D’Aix de 2003 à 2013
Ancien Président de la FNEPE
Président d'OLD'UP depuis mars 2016
Site de la revue Adolescence : www.revueadolescence.fr


Le 4 décembre 2018, Philippe Gutton et Marie-Françoise Fuchs s'exprimaient ensemble.

Prévention de la perte d’autonomie
UNE PRÉSENTATION SUCCINTE DE OLD’UP,  dans le cadre de la prévention de la perte d’autonomie, Atelier 5
L’association OLD’UP est constituée de Vieux, voire de très vieux, « Plus si jeune mais pas si vieux » qui souhaitent donner du Sens, du Bonheur et de l’Utilité à l’allongement de leur vie. Il se veulent des participants actifs, des citoyens à part entière, inclus dans la marche de la Société. « L’avenir dépend aussi des plus de 60 ans. »
OLD’UP centre ses réflexions et ses actions sur la participation relationnelle des personnes âgées. Cette participation inter-relationnelle est selon nous fondamentale. Elle a une fonction et une valeur de prévention et de traitement des pertes d’autonomie, prône la qualité des liens avec les autres. L’investissement personnel que ces liens impliquent et leur place accordée dans la vie quotidienne constituent une dynamique fondamentale s’opposant aux fragilités et vulnérabilités provoquées par le vieillissement biologique.
La perte éventuelle du désir de la relation vient conforter des comportements de retrait, de pessimisme, de dépression dont il est alors difficile de sortir. Une participation à la vie sociale même modeste dès le départ à la retraite, pourrait être une mesure préventive efficace. Être appelé à intégrer une équipe, apprendre à coopérer dans son voisinage, exercer une activité qui prenne en compte vos compétences, qui vous plaise avec d’autres sont des gages d’inclusion sociale qui n’ont pas de prix.
Le maintien des liens, le maintien de l’utilité, donnent sens.
La pensée de l’adulte âgé dans ses imaginations toutes personnelles, la réalité de ses affections, ses gestes, ses paroles prononcées, écoutées et entendues, autant d’expressions de partage affectif avec les autres et précisément certains autres particulièrement investis, quel que soit leur âge. Autant de facteurs (inter et intra-générationnels) - impondérables selon les   nstatistiques habituelles qui montrent l’importance de asolitude -sont néanmoins fondamentaux en faveur du maintien de l’autonomie des personnes. Les liens, l’affection, l’amour, l’amitié, la tendresse viennent justifier la vie et les idéaux du sujet vieillissant qui dès lors tente de garder son autonomie et peut y parvenir. Les modalités de relations participatives supposent que le sujet vieillissant soit reconnu en tant que citoyen à part entière dans les groupes dans lesquels il vit (sa famille en particulier), dans les milieux institutionnels et auprès de leur personnel, disons dans la société en général. Il est reconnu en tant que personne semblable et différente sans inégalité. Sans cette reconnaissance digne et respectueuse, sans la liberté de chacun, pas de possibles liens humains d’une qualité suffisamment chaleureuse.
Agir ensemble, mais aussi « apprendre » et parvenir à un degré de compétence reconnue sont des facteurs majeurs de restauration de l’estime de soi, de l’amour de soi et donc de l’amour de l’autre. OLD’UP tente d’inciter et d’accompagner chacun de ses membres dans ce chemin valorisant et réchauffant du partage réussi, entrepris « ensemble ». Nous sommes des apprentis de cette nouvelle tranche de vie, « apprentis centenaires » ! Quel défi et quelle chance pour nous et pour la société !
L’importance accordée aux liens humains justifie de développer les relations sociales à la condition et à la hauteur de leur valeur affective tels que certains projets le souhaitent, certes avec des professionnels et des bénévoles
La constitution d’un texte législatif devrait reposer en grande part sur les seniors Réinsérés et incités à développer leurs goûts et leurs capacités au profit d’un public varié, de toutes générations, dans des « postures » d’accueil, de savoir-faire, de compagnonnage, dans une dynamique forte et joyeuse.
Nous insistons ici, sur la formation et la sollicitation de bénévoles compétents, valorisés et reconnus comme des membres à part entière d’une société incluant toutes les étapes de la vie par des citoyens ayant tous une fonction et un rôle particuliers mais également importants.  


D’autres textes…


Une intervention de Nancy de la Perrière
Une caractéristique d’OLD’UP qui la distingue, me semble-t-il, de beaucoup d’autres association également préoccupées du bien-être des vieux : l’accent mis dès sa fondation sur la qualité « d’être » de ses membres, autant que sur le bien-fondé de leurs « actions ».
Cet aspect de l’Association n’est sans doute pas évident pour les plus jeunes qui nous rejoignent, dont la vigueur et la capacité d’agir sont des atouts précieux.
Le recrutement de nos membres se fait aujourd’hui à un moment de la vie assez proche, me semble-t-il, de la retraite. Ceci explique le désir – voire l’impatience peut-être – d’une insertion active dans la société. Je ne doute pas que, grâce aux nouveaux arrivants, le souhait de OLD’UP se réalise de mieux en mieux : à savoir que ses membres soient reconnus comme citoyens à part entière, les « vieux » enfin dotés d’une véritable reconnaissance d’existence.
A l’époque où les « aînés » - que je me permets de représenter- le désir principal était, je pense, de ne pas prendre le risque de l’isolement et de s’entourer de nouveaux « amis ». Le récent livre de Marie-Françoise témoigne du reste que cette attente a été largement satisfaite.
Naguère, nous ne nous aimions pas, ce qui avait un effet rétro-actif : la société n’aimait pas les « vieux ». Puisque les vieux ne s’aimaient pas, en tant que tels, la société ne pouvait pas les valoriser. Il fallait donc changer notre regard sur nous-mêmes. Une victoire – et pas des moindres – a été attestée le jour où l’une d’entre nous (aujourd’hui décédée) a déclaré «  Avant de venir à OLD’UP  j’avais honte d’être vieille, aujourd’hui, j’en suis fière ».
Ce bref retour sur le passé a pour but, parallèlement à nos actions, que ne soit pas laissée de côté, à OLD’UP, l’attention portée à notre propre regard sur nous-mêmes, ceci collectivement et individuellement. Et cela justifie, me semble-t-il, l’attention que nous portons à la manière dont nous vivons notre propre vieillissement.
Nancy de LA PERRIERE


Martine Gruère réagit
Merci beaucoup pour cette réflexion. Elle nous rappelle l’un des fondements identitaires de OLD’UP qui doit absolument se poursuivre dans les années à venir –même s’il n’est pas toujours facile à entendre et porter…Comment entendre l’autre si l’on ne s’entend pas soi-même ? –au moins à minima-
L’autre pied de OLD’UP c’est l’ouverture aux autres, à la société et donc nos engagements dans des observations, le recueil de témoignages, des « recherches-actions » qui peuvent contribuer –nous l’espérons- à mieux prendre en compte les vieux, tous les vieux,  dans ce qu’ils sont et souhaitent être
…Et comme il faut toujours un 3e pied pour tenir en équilibre, il s’agit selon moi de la chance de nos rencontres, de nos amitiés autour du projet, de l’utopie qui nous rassemble –qui nous cimente ?- « Donner du sens , de l’utilité et du bonheur à l’allongement de la vie »… « Porter la voix des vieux »…d’autant mieux que nous sommes vieux nous-mêmes.

Geneviève Mansion répond
Ce beau texte de Nancy nous rappelle nos idées et désirs fondateurs.
Tu mets des mots justes , et ce n’est pas toujours évident, sur ce qui fait le « cœur » de OLD’UP par rapport à d’autres associations qui « s’occupent des vieux » .  
Ce n’est pas toujours compris et nous nous heurtons à la difficulté de faire passer ces « bases » fondatrices auxquelles nous tenons .
De « jeunes postulants » plein d’allant et militants dans l’âme voient ce souci d’un travail sur l’image de soi et du vieillissement comme une préoccupation accessoire.


A propos de l'Europe dans ce temps de crise
Que ce soit dans notre vie quotidienne en ce moment ou dans nos modes de vie de façon plus générale, je prends de plus en plus conscience d’un paradoxe omniprésent. Le coronavirus est un facteur de cette prise de conscience : c’est une formidable puissance de création de paradoxe ; par exemple lorsque nous sommes appelés à la fois à nous confiner et à nous déconfiner dans le même but de lutter contre ce puissant virus. Cette force du paradoxe dont il est porteur travaille à l’encontre de ce que nous considérons comme la société contemporaine, une société marquée par les progrès scientifiques, les relations internationales, l’économie prévalente et se privatisant, la destruction de l’humain... Reconnaissons que ce pouvoir anti-sociétal mondial du virus est bien plus immense que le pouvoir des opinions écologiques actuelles, comme par exemple l’effondrement du trafic aérien...
Réalisons-le : le paradoxe dans lequel nous sommes pris sera-t-il facteur de prise de conscience, ou bien les situations qu’il provoque seront-elles source de folie publique et privée ? On peut certes en rire, se battre, mais surtout en pleurer et réfléchir ensemble.
Félicitons l’Europe, le 9 mai, si elle parvient à ce que l’on pourrait désigner comme des solutions démocratiques.
P. Gutton (mai 2020)

Covid 19 - Confiner ou déconfiner les vieux ? L’association OLD’UP s’inquiète des mesures  annoncées.
Le confinement présent et à venir ouvre deux champs de réflexion sur notre humanité.
Pour beaucoup de citoyens, le confinement est vécu comme un emprisonnement et, à ce titre, il est à l’origine de différentes formes de dépression. Chez le sujet âgé en particulier, nous savons scientifiquement que le confinement est  source de détresses pouvant aller jusqu’à la mort. Cette affirmation ne relève pas de la croyance : il s’agit d’un fait médical reconnu. L’épidémie met ainsi les EHPAD face à une alternative en contradiction paradoxale : confiner les personnes âgées pour les protéger du Covid 19 ou les déconfiner pour les rendre à la vie ?
En démocratie, la notion d’âge peut donner lieu à des discriminations perverses. En l’occurrence, avec le Covid 19, le gouvernement qui gère la pandémie pourrait parfaitement prendre des mesures souples et personnalisées, incitant à la prudence les sujets âgés déjà malades (cœur, poumon…) et de ce fait particulièrement exposés au virus.
L’association OLD’UP s’est donné comme mission d’écouter et de transmettre la parole des citoyens âgés, voire très âgés. Elle leur donne ainsi un moyen de se défendre contre les forces sociétales qui les déshumanisent. Et ce faisant, elle les encourage à profiter d’une longévité qui est une des gloires de la science.
Nous souhaitons que les mesures de déconfinement prennent en compte cette nécessité de donner aux personnes âgées le même droit à la vie quel que soit l‘âge atteint.
P. Gutton (avril 2020)

"La forte mortalité dans les Ephad nous angoisse. Elle impose une prise de parole de OLD'UP.  La crise par sa définition même met en face à face deux certitudes contraires :
- la nécessité du confinement dans un objectif anti épidémiologique,
- la nécessité vitale reconnue concernant des sujets en situation de dépendance de ne pas être seuls, de rencontrer de parler, d’écouter, « d’être avec ».
Isolement et lien sont aujourd’hui les deux exigences paradoxales pour éloigner un destin mortel.
Les directions administratives, celles des établissements, les soignants ne peuvent trouver de solutions par une décision générale. Seuls sont valables les aménagements chaleureux selon chaque personne, son entourage, chaque groupe, et d’abord le personnel soignant lui-même en souffrance.
OLD'UP est sensible au recueil ému de la parole des personnes âgées où qu’elles soient. Nous affirmons l’échange  même difficile, comme fondamental à la vie. Soignants et soignés, en cette cruelle situation, nous sommes avec vous, nous cherchons à l’être, dans la mesure où  nous le pouvons."
Ph. Gutton avril 2020

Des articles en format pdf à télécharger en bas de la page :
Il y a u temps pour tout – Marie Geoffroy
Vivre nonagénaire – Bernadette Aumont
La Parole des vieux – Marie-Françoise Fuchs
Avec nous les vieux – Marie-Françoise Fuchs
Confiner ou déconfiner les vieux ? – Philippe Gutton
Le confinement et ses suites : traumatisme ou opportunité – D. Coum